Épave de « La Trinité » : victoire française sur un fabuleux trésor en Floride

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https://www.bienpublic.com/insolite/2023/10/08/epave-de-la-trinite-victoire-francaise-sur-un-fabuleux-tresor-en-floride

 

Épave de « La Trinité » : victoire française sur un fabuleux trésor en Floride

C'est un fameux trois-mâts qui tenait bon la vague mais pas l'ouragan : englouti en 1565 au large de la Floride, le navire « La Trinité » est l'objet d'une bataille judiciaire épique entre un Américain chasseur de trésors et la France, qui vient de remporter une manche décisive.

 

L'épave de La Trinité gît par moins de 10 mètres de fond, à quelques encablures d'une plage de Cap Canaveral. Elle a été découverte en 2016 par une entreprise privée de recherches sous-marines, Global Marine Exploration (GME), dirigée par l'Américain Robert Pritchett.

Le jugement de 24 pages, rendu le 29 septembre par le magistrat Allen Winsor du tribunal fédéral de Tallahassee, revient sur une époque lointaine et largement oubliée, celle de la « Floride française », une colonie créée par des huguenots français au XVIe siècle.

Si cette colonie ne fut qu'éphémère, et si la Floride a longtemps été espagnole, c'est notamment à cause de la tragédie du naufrage de l'escadre commandée par le capitaine Jean Ribault, envoyé par l'amiral Gaspard de Coligny, chef des protestants français.

L'épave de La Trinité gît par moins de 10 mètres de fond, à quelques encablures d'une plage de Cap Canaveral. Elle a été découverte en 2016 par une entreprise privée de recherches sous-marines, Global Marine Exploration (GME), dirigée par l'Américain Robert Pritchett.

 

Fleur de lys

Parmi les objets identifiés sous l'eau figurent trois canons en bronze ornés d'une fleur de lys. Ainsi qu'une inestimable colonne en marbre, portant le blason du Royaume de France, que Ribault était censé installer à terre pour marquer la souveraineté française.

Depuis sept ans, GME et Pritchett mènent une offensive judiciaire pour exploiter l'épave, probablement riche en nombreuses autres merveilles.

Forcée d'admettre que c'était bien le vaisseau amiral de Jean Ribault qui se trouvait sur le fonds marin, ce qu'une cour fédérale a affirmé en juin 2018, la société américaine a concentré ses efforts à tenter d'écarter l'application du Sunken Military Craft Act (SMCA).

Ce texte, promulgué par George W. Bush en 2004, reconnaît la souveraineté d'un pays sur ses anciens navires de guerre.

 

Coulé dans une action militaire

Selon GME et Pritchett, la Trinité transportait des marchandises et des colons vers le Nouveau Monde et n'a pas coulé lors d'un conflit militaire. D'ailleurs, disent-ils, la France et l'Espagne n'étaient pas en guerre.

Eh bien si, rétorquent les autorités françaises, par la voix de leur avocat américain, Jim Goold. Il s'appuie sur « la collection remarquable de documents à la Bibliothèque nationale sur le 16e siècle », décrivant en détail l'équipement du trois-mâts, de ses 32 canons jusqu'à ses réserves de poudre.

« Nous avons démontré que La Trinité a coulé alors qu'elle était engagée dans une action militaire contre une flotte espagnole », déclare-t-il. Conflit, de surcroît, opposant des protestants à la Couronne catholique d’Espagne.

Il rappelle qu'en quittant Fort Caroline, ainsi qu'était baptisée la colonie française de Floride, Ribault a « informé le commandant français du fort qu'il allait attaquer les Espagnols ».

Jim Goold a convaincu le tribunal. « La France a présenté suffisamment de preuves irréfutables montrant que La Trinité a sombré en mission militaire non commerciale », relève le juge Winsor dans son arrêt.

 

« La Nouvelle France ? »

Le dernier argument avancé par Global Marine Exploration est que la France aurait bénéficié indûment des travaux de GME pour localiser, photographier et fouiller l'épave.

Mais le juge Winsor a donné tort aux plaignants, estimant que la France ne pouvait être tenue responsable de services qu'elle n'avait pas commandés.

« Cette décision est un soulagement, et nous espérons que cette saga judiciaire va maintenant s'arrêter, afin de pouvoir nous concentrer sur la préservation de ces éléments de patrimoine culturel », confie  Florence Hermite, attaché justice de l'ambassade de France à Washington.

Va-t-on désormais pouvoir enfin s'intéresser à ce que recèle La Trinité? Jim Goold l'espère.

« On peut dire que La Trinité est l'épave la plus importante sur le plan historique en Amérique du Nord », assure le ténor du barreau de Washington, qui a permis au gouvernement à Madrid de récupérer en 2012 un trésor estimé à 500 millions de dollars qu'une firme américaine, Odyssey, avait remonté d'un galion espagnol dans l'Atlantique.

« Quand le capitaine Ribault est arrivé, la France avait une puissance militaire supérieure en Floride: davantage de navires, davantage de soldats, davantage de canons que les Espagnols. Mais la perte de La Trinité et de centaines de soldats, marins et colons français ont poussé le roi de France à se focaliser plutôt sur le Canada ».

« S'il n'y avait pas eu l'ouragan...? », s'interroge le juriste, en imaginant que le territoire actuel des Etats-Unis aurait pu devenir « la Nouvelle France ».

Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.

https://fr.euronews.com/2018/07/18/la-trinite-navire-francais-du-xvie-git-bien-au-large-de-cap-canaveral

 

La Trinité, navire français du XVIe, gît bien au large de Cap CanaveralLa Trinité, " An Illustrated History of the New World", J. L. DENISON

 

L'épave découverte en mai 2016 en Floride est bien celle de la Trinité, un navire de la marine royale française du XVIe siècle. La justice américaine a également reconnu la propriété de la France sur les vestiges de ce vaisseau.

La justice américaine a tranché. L’épave découverte en 2016 au large de Cap Canaveral en Floride est bien celle de La Trinité, le vaisseau du capitaine Jean Ribaut disparu en mer en 1565. La décision rendue le 29 juin dernier par la cour fédérale d’Orlando reconnaît ainsi la propriété de la France sur ce navire et sa cargaison, après deux ans d’intense bataille juridique.

 

Retour en arrière

En mai 2016, une équipe de Global Marine Exploration (GME), une société spécialisée dans la recherche sous-marine découvre un inestimable trésor, gisant dans l’océan Atlantique à une profondeur de 5 à 8 mètres. A quelques miles marins de la base de la Nasa, la compagnie met au jour, au milieu de décombres d’engins spatiaux, les restes d’un navire du XVIè siècle et de ses canons. Parmi ces pièces d’artillerie, trois d’entre-elles, en bronze, sont ornées d’une fleur de lys, l'emblème du Royaume de France. Ces armoiries sont également présentes sur une autre pièce de la cargaison, une stèle en bronze. Ainsi, la localisation du navire exhumé des flots et la nature des objets découverts sur le site, ont laissé penser qu'il s'agissait bien de La Trinité.

 

Sur la piste de la Trinité

Rapidement, aux vues de ces éléments, les services consulaires français ont réclamé la propriété de l’épave, aidés en cela par les conclusions du “Sunken Military Act”, un texte voté en 2004 par le congrès américain, qui reconnaît la souveraineté des pays sur les épaves de leurs anciens navires de guerre trouvées dans les eaux territoriales des Etats-Unis. A l’inverse, pour GME, la thèse est tout autre : il pourrait s’agir d’un navire marchand espagnol, qui avait embarqué la cargaison de La Trinité après l’avoir pilée.

 

Un bras de fer de deux années

La cour d’Orlando a donc donné raison à la France, qui était appuyée dans sa démarche par l’Etat de Floride. Pour GME, cette décision est lourde d’importance puisque la valeur des objets retrouvés en mer, s’ils sont inestimables d’un point de vue patrimonial, est évaluée à plusieurs millions d'euros.
A l’issue du jugement, Robert Pritchett, le président de la société d’exploration, nous a déclaré qu’”_il y avait de bons juges et de mauvais juges. Je ne peux pas faire de commentaire sur une affaire en cours_”. Il n'a pas indiqué s’il comptait faire appel, ce qui est possible jusqu’au début du mois d'août.
L’homme à la tête de GME a, en outre, soulevé une question : “**Que va faire la France du site ?” La réponse à cette interrogation nous a été fournie par l’ambassade de France aux Etats-Unis que nous avons également contactée : “Notre objectif, avec l'Etat de Floride, est de permettre une étude rigoureuse du site, et la présentation au grand public des résultats et des pièces qui pourront être retrouvées. Celles-ci ont une importante valeur historique.**”

 

La Trinité, un graal de l’archéologie maritime

Pour les historiens et les archéologues, La Trinité revêt une importance considérable puisqu’il s’agit de la plus vieille épave française découverte dans l’ancien “Nouveau Monde”. De plus, ce sont les vestiges du premier navire embarquant des Européens venus chercher la liberté religieuse, à l’image des protestants anglais, qui ont quelques décennies plus tard, en 1620, rallié les futurs Etats-Unis à bord du Mayflower.

Entre 1562 et 1565, la France du roi Charles IX cherche à établir une présence permanente en Floride, un territoire qui suscite la convoitise d’autres puissances européennes à l’image de l’Espagne. C’est dans cette même période qu’éclatent les guerres de religion en France. Ainsi, l’idée de créer une colonie française dans le Nouveau Monde est appuyée par Gaspard II de Coligny, un amiral de la marine française, d’origine protestante, pour permettre aux huguenots, les protestants français, de fuir la persécution qui régnait dans le Royaume (de Coligny sera lui-même emporté par le massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572).

Une première expédition déjà commandée par Jean Ribaut, également huguenot, quitte la France en 1562. Une première colonie est fondée en “Floride française”, baptisée Charlesfort en l’honneur roi Charles IX. Quelques colons restent sur place et Jean Ribaut rentre en France. Cette première tentative ne sera pas couronnée de succès. D’autres suivront comme la fondation du Fort Caroline en 1564. L’année suivante, Jean Ribaut reprend la mer à bord de La Trinité, à la tête d’une flottille plusieurs navires embarquant 600 hommes. Mais arrivés en Floride, la flotte de Ribaut croise des vaisseaux espagnols venus reprendre la Floride des mains des Français, huguenots qui plus est. Ribaut débarque une partie de ses troupes pour protéger Fort Caroline. Il se lance à la poursuite des navires envoyés par Philippe II d'Espagne. Mais au même moment, une tempête se lève et emporte La Trinité dans les profondeurs de l’océan. Jean Ribaut sera capturé, ainsi qu’une partie de son équipage, et exécuté par les Espagnols. A terre, les places françaises sont prises. L'éphémère aventure de la Floride française prend fin.

Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.

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