Si on regardait la numismatique sous l'oeil d'Emmanuel Kant

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Le jugement esthétique d'une monnaie

Le but n'est pas de proposer des normes de la beauté d'une monnaie, mais d'expliquer pourquoi nous jugeons qu'une monnaie est belle, et de préciser en quoi consiste « un jugement de goût ».

Le beau serait un produit du sens esthétique. En ce sens, ce n'est pas vraiment la monnaie qui est belle, mais la représentation que je m'en fais par les définitions suivantes :

- L'universalité sans concept : La belle monnaie est celle qui plaît universellement sans concept ». Le beau est un intermédiaire entre la sensibilité et l'entendement : ce n'est pas un concept définissable par notre seul entendement ;

- Une finalité sans fin : La belle monnaie n'est pas l'utile, elle n'a donc pas de fin extérieure. elle a néanmoins une fin interne (une belle monnaie est en harmonie avec mes facultés subjectives) ;

- Un plaisir désintéressé : La belle monnaie ne se confond pas avec une monnaie agréable, qui relève pour sa part d'une perception strictement personnelle : Quand je dis que cette monnaie romaine est agréable, je souffre volontiers qu'on me reprenne et qu'on me rappelle que je dois dire seulement qu'elle est agréable à moi . »

- alors que pour l'exemple d'un jugement sur la beauté d'une monnaie, j'explique : « je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, et je parle de la beauté d'une monnaie comme si c'était une qualité d'une monnaie. »

- Si la belle monnaie apporte plaisir et satisfaction, c'est de manière désintéressée.

Kant distingue deux types de beau : la beauté libre et la beauté adhérente.

Le « sublime » : la monnaie sublime (on dira donc FDC 70) se distingue d'une belle monnaie en ce qu'elle « dépasse » ou excède notre entendement.

- « L'art de la numismatique ne veut pas la représentation d'une belle monnaie mais la belle représentation d'une chose sur une monnaie. »

On retrouve ici la place qu'occupe la faculté de juger, et l'interprétation de « l’esthétisme » se fait par une appréciation variable d'un individu à l'autre.

Les neurosciences ont récemment prouvé la thèse de Kant stipulant que pour apprécier proprement une œuvre d'art, donc pour nous une belle monnaie il est nécessaire de se distancer émotionnellement de celle-ci. En effet, on se rend compte que de présenter une photo comme œuvre d'art change l'appréciation de celle-ci, ainsi que l'activité cérébrale qui lui est reliée. Il y aurait en fait un mécanisme de régulation émotionnelle implicite, induit par le contexte artistique, jouant un rôle dans la distance psychologique et l'attention devant les propriétés esthétiques.

Ainsi, l'art est profondément dépendant de notre faculté de jugement
Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.
Kant dans "La faculté de juger" a théorisé la beauté selon les critères de son temps . Se distancier de l'émotion pour juger froidement me parait impossible . C'est en cela qu'il est critiquable . Les canons de la beauté varient dans les époques . Pour l'image des femmes l'antiquité les représentait sveltes aux proportions idéales (Sculptures grecques , romaines) . Au 17e il fallait qu'elles soient rondes , grasses . Aujourd'hui la mode les veut squelettiques ... Les anglophones ont un mot et ne sont pas trop pragmatiques , pour une fois , pour la définir : "Beauty is in the eye of the beholder" = La beauté est dans l'oeil de celui qui la voit . Toujours est-il que l'avis général prime même s'il n'y a pas d'explication rationnelle . Il y a des choses et des gens beaux et des laids quoiqu'il en soit ! Brigitte Bardot jeune était incontestablement belle , Serge Gainsbourg irrémédiablement laid ! :8D . Pour les choses , l'art , les pièces , le critère de la beauté est plus intellectuel et se tient dans l'émotion , la sensation que l'on ressent à leur vue provoquant un plaisir ou l'inverse . C'est intemporel . Si on ressent de l'émotion à la vue d'un Van Gogh , il est beau ! Pour d'autres qui ne ressentent rien à la vue d'un Picasso , il est laid , et ce n'est pas l'art qui est en cause . C'est son contemplateur .
Qui a dit qu'une Jaguar type E est une belle voiture , même s'ils sont les plus nombreux ? Moi , je la trouve exubérante et laide ! Par contre , je trouve beau un navire de guerre par la majesté qu'il impose alors qu'une majorité le trouvera laid par l'arme à détruire qu'il évoque . C'est cela la sensation , l'émotion qui suggère la beauté .
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Merci pour ce très bon poste Alm. On en parle rarement mais la numismatique est un champ d'exemplification dans lequel puise beaucoup Kant.
Dans le genre il y a le fameux "100 Thalers réels ne contiennent rien de plus que 100 Thalers possibles", dans sa discussion de la preuve ontologique.

3francs : la réflexion est intéressante mais j'arguerai que l'on peut trouver beau quelque chose sans que cela n'émeuve aucunement.
Je tiens le mot émotion pour condition du beau depuis bien longtemps pour en avoir discuté avec des artistes majeurs ( Sculpteurs ; César , Arman , amis personnels avec lesquels je déjeunais souvent ) et des collectionneurs et amateurs d'art ( Lino Ventura chez une amie artiste peintre et d'autres ) . Etant pour ma part indifférent à certaines oeuvres , comme tout le monde , les discutions tournaient souvent autour du mot émotion ressentie . L'émotion est irrationnelle et subjective , elle ne s'explique pas et j'ai fait plus confiance à ces grands noms de l'art qu'aux préceptes de Kant qui veut théoriser ce qui est beau ou pas par une analyse rationnelle extérieure à la sensibilité du scrutateur . Dire qu'on peut trouver beau quelque chose que l'on aime pas sans en avoir été ému , m'échappe . Puisqu'on a forcement reçu "un signal" de sensibilité quelconque , donc une émotion , positive ou négative , pour en donner un avis personnel et non pas selon un système de pensée analytique général qui veut décomposer les éléments ( De qualité ! De graphisme ! De finesse ! Du sujet ! Du dépassement de soi-même par admiration !!! Etc ... ) prétendu par Kant .
On dirait que Kant ne veut voir qu'un jugement matérialiste , normalisé , de l'art et oublie le talent d'un artiste lorsqu'il n'est pas conformiste et surtout quand il est créateur , innovateur , d'un style . De dire que l'oeuvre est belle en niant l'émotion qui en émane est très indigent , presque vexant pour l'artiste qui a construit une conception réfléchie plus élevée qui mérite mieux qu'une évaluation mécanique de Kant .
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Je considère que la Citroën dsi est une voiture relativement belle - compte tenu de ce qui peut se faire à notre époque. Est-ce à dire que la vue de ce véhicule m'émeut ? En aucune manière.

Les jugements d'ordre esthétique ne sont pas cantonnés au domaine artistique. Le beau est par ailleurs. Et dans cet ailleurs, l'émotion n'est pas nécessairement mobilisée lors de l'élaboration d'une considération d'ordre esthétique. Chacun peut en faire l'expérience au quotidien.


Dire qu'un "signal" de sensibilité est une émotion (""un signal" de sensibilité quelconque , donc une émotion") est une erreur. Les deux choses ne sont nullement sur le même plan. La sensibilité s'exerce via les sens. Elle peut être une médiation entre le monde et l'esprit qui permet d'éprouver des émotions (ex : la vue d'une chose réellement sublime conduit à éprouver une intense émotion : sentiment d'être positivement bouleversé par cette chose). Mais l'affect, le domaine de l'émotif, n'est en rien synonyme ou équivalent de la sensibilité. D'autant plus que la sensibilité, en tant que médiatrice entre la réalité empirique et l'esprit, permet le déploiement d'une pensée, ayant des traits rationnels, donc non émotionnels, sur le monde et l'expérience. Or, je crois qu'on ne contestera pas que l'émotion et l'intellection sont par nature entièrement distinctes l'une de l'autre (même si la seconde peut avoir pour objet la première et etc.).
En peu de mots, la sensibilité permet, dans certains cas, l'émotion, comme elle peut faire advenir l'opportunité d'un travail d'intellection, mais elle n'est, en aucun cas, confondue avec l'une ou l'autre de ces dernières.
Si on veut disséquer le mot émotion dans tous ses sens ; étymologiques , scientifiques , significatifs , etc , on tombe vite dans un grand nombre de théories qui s'opposent selon leurs auteurs quand il faut lui donner un sens précis . Surtout lorsqu'il est employé en psychologie et philosophie il peut faire intervenir toutes sortes d'interprétations . En art , restons en à son sens primaire qui fait appel aux sens humains des perceptions dont : La vue . Mais le mot émotion est flou si on lui mêle toutes sortes de sentiments dont il est porteur comme ; la joie , la colère , le dégout , la peur , etc . Puis d'autres théoriciens lui associent l'intelligence humaine ou l'instinct animal et même le quotient intellectuel et le milieu social dont le niveau culturel serait plus ou moins favorable à l'émotion qui sera variablement réactive . La sensibilité qu'on lui rattache va dépendre du niveau de connaissances de l'individu qui percevra plus ou moins de sens émotionnel et de tolérance à l'évènement physique ou intellectuel pour s'y adapter . Si on va au bout des investigations du mot émotion , on risque fort d'être moins avancé à la fin qu'au départ tant c'est confus !
Tout le monde ( Ou presque ) a compris que le signal perçu par la vue provoque une émotion différente selon son observateur qui en appréciera l'esthétique selon sa capacité et sa sensibilité de l'interpréter sans plus de besoin de théoriser l'art du beau . Laissons cela aux professeurs d'écoles d'arts qui sont faits pour en enseigner les rudiments mais pas la valeur des talents qui est un choix personnel subtile non théorique .
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Quote: "3franc6sous"​Tout le monde ( Ou presque ) a compris que le signal perçu par la vue provoque une émotion différente selon son observateur qui en appréciera l'esthétique selon sa capacité et sa sensibilité de l'interpréter sans plus de besoin de théoriser l'art du beau .
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​Du tout. Basiquement, cela génère une perception d'une chose qui peut ensuite conduire à initier chez le sujet un travail analytique plus ou moins profond qui peut aboutir à un jugement de valeur du type : "c'est beau", "ça ne l'est pas ". Il ne s'agit pas d'une émotion mais d'un sentiment (pris ici au sens de "d'avis"). Ce dernier pouvant être rationnellement construit ou bien fondé sur une quantité de préjugés plus ou moins valables.
Je crois que le tour de la question est fait . Il y a 2 positions pour "juger" (le mot est bien présomptueux) du beau .
1) Ceux qui pensent que l'art est quantifiable dans ses éléments intrinsèques . Ils pensent qu'on peut évaluer le beau ou ce qui ne l'est pas , selon eux, selon une graduation "scientifique" dont les bases peuvent être notées comme une équation algébrique et n'appartiennent qu'à eux sans qu'elles soient agrées par la communauté de pensée comme des valeurs sures .

2) Ceux qui pensent que le beau ne se juge pas dans l'art autrement que par un cheminement d'esprit lié à une sensation d'adhésion ressentie par une émotion qui émane de l'observation . Ils pensent que le propre de l'art est justement le domaine qui ne se prête pas à toutes considérations techniques qui n'admettent pas la sensibilité .

Après , on peut jouer indéfiniment sur les mots pour faire de la sémantique et pour dire finalement la même chose sans vouloir l'admettre . Vouloir opposer les deux méthodes d'appréciation ne change rien au fond du problème de savoir ce qui est beau , ou pas .
En tout cas , vouloir ériger une méthode technique impersonnelle , en vérité absolue , sanctionnée par une échelle de grades intolérante pour juger du beau ne montre que l'étroitesse d'esprit . Qui pourrait "noter" en musique Vivaldi ou Mozart comme une belle ou une mauvaise musique ? En comptant le nombre d'accords ? l'usage des clés de sol ? Celui de certains instruments ? La mélodie ? Ce serait absurde ! C'est la communion d'esprit auditive qui fait corps avec le transport par la musique , pas une froide analyse technique pour savoir si elle est belle ...
Qui pourrait juger qu'un film est beau ou l'inverse avec des notes techniques sur le talent de grands acteurs qui vous font pénétrer une histoire comme si vous y étiez ? Ce n'est que de la subtilité , du talent , de l'impalpable que de vous faire oublier pendant 90 minutes que vous n'y êtes pas mais assis dans un fauteuil !
Allez ! On peut même ajouter ceux qui ne sont pas considérés comme des arts mais qui font appel aux mêmes sens humains des perceptions qui produisent l'émotion nécessaire à les juger bons , comme la gastronomie et les parfums . Les gouts et l'odorat peuvent être sublimes et ne se décideront pas par des notes techniques sur le génie créatif du chef dans ses associations chimiques des saveurs et pourquoi et comment les nez parfumeurs ont utilisé tel nectar , musc , essence pour envouter les foules quasiment à l'unanimité ? On les "noterait" avec quelles échelles techniques ceux là ? La tomate de Provence , ça vaut 'tant' , le homard de Bretagne vaut moins que le canadien , la cuisson , faudrait à l'étuvé ... Le jasmin , vaudrait mieux du lilas , tiens ! Je te fous du 8 sur 20 au lieu de 18 ... Ce serait ridicule .
On voit bien qu'en art , il n'est fait appel qu'à l'émotion ne faisant référence qu'aux sens pour juger du beau et du bon . Pas à des techniques de notations aléatoires et contestables imaginées par quiconque .
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Cela revient à opposer une posture résolument scientiste, qui n'est absolument pas la mienne et qui est encore moins celle de Kant, à une position défendant le primat catégorique d'un galimatias émotionnel lorsqu'il s'agit d'appréhender le beau.
Les deux positions sont caricaturelement radicales et n'ont en cela que peu d'intérêt sur le plan philosophique.
bonjour à tous

petit up histoire de relancer la discussion !
Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.
Bonsoir,
Sans froisser personne... C'est assez rare que je trouve une monnaie belle pour son seul critère esthétique. Il y en a mais sur les milliers de pièces que j'ai vu, peu finalement m'ont attiré pour leur beauté intrinsèque, c'est à dire pour le motif, l'effigie ou l'aspect général seulement... Je dirais même au contraire... Beaucoup de pièces me donneraient le cafard si je ne regardais que cet aspect purement esthétique.
Ce sont toutes les valeurs ajoutées qui me font les trouver jolies. Une monnaie en or est belle pour le bel aspect de son métal, un peu moins pour une pièce d'argent mais quand même. En fait, le côté historique comme on dit si souvent, le fait que la pièce fait parti du patrimoine national, qu'elle fût la monnaie des français ou d'autres peuples, c'est ça la beauté réelle des pièces, raison pour laquelle les médailles et les jetons sont moins prestigieux et ne fassent pas l'unanimité auprès des numismates.
​​​​En fait, je pense que nous ne pouvons pas dissocier l'esthétique pur et l'esthétique symbolique de l'histoire des monnaies. À part quelques exceptions où l'on a un coup de foudre pour une pièce dont la beauté visuelle nous a frappé du 1er regard.
Un exemple de pièces que je trouve pour le coup esthétiquement magnifique, c'est la 20 francs Coq Marianne et son joli listel. C'est d'ailleurs une pièce que je trouve plutôt neutre pour son côté historique.
Quant à Kant et sa vision de l'esthétique... Je ne me sens plus apte à me lancer dedans. 8.
bonjour

je relance ce passionnant topic !

d'autres avis ?
Celui qui pose une question risque de paraître sot pendant cinq minutes, mais celui qui n'en pose pas restera sot toute sa vie.
confontation de concepts et rien d'autre, qui ont en commun l'existence de notre égo.
La formule est un peu lapidaire, mais ce serait le cas pour n'importe qu'elle autre type de production/ projection humaine.
Enfin ce n'est que mon avis qui n'est simplement qu'un concept parmi d'autres....

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