sur le net on a parfois accès aux archives municipales...
Fondation L.P. Fleury hommage à la jeune fille le jour de son mariage pour sa vertu récompensée
Extraits de :
VILLE DE SAINT-DENIS
LES ROSIÈRES DE SAINT-DENIS
PAR
FERNAND BOURNON
ARCHIVISTE DE LA VILLE
SAINT-DENIS
IMPRIMERIE H. BOUILLANT
20, RUE DE PARIS, 20
1896
(Archives municipales de St-Denis)
Chaque année, le 2 février, jour de la Chandeleur, la ville de Saint-Denis est en fête. Un nombreux cortège, où prennent place toutes les autorités civiles et militaires, qu'accompagnent les Sociétés philharmoniques, se rend de l'Hôpital-Hospice à la Mairie pour revenir ensuite au point de départ. En tête, quatre jeunes filles en costume de mariées attirent tous les regards : ce sont les rosières que l'on va marier en vertu de la double fondation de dom Belloy de Francières et de Louis-Pierre Fleury. Sur leur passage, ce n'est pas la curiosité seule qui est mise en éveil, mais aussi un sentiment plus noble : le respect. La foule admire ces jeunes filles qui, ayant su résister aux tentations malsaines, si fréquentes, se sont conservées pures, laborieuses, dévouées jusqu'à l'abnégation d'elles-mêmes, à leurs vieux parents ou à leurs jeunes frères et sœurs, avec lesquels elles ont ainsi commencé l'apprentissage de leurs futurs devoirs.
Il n'est pas, croyons-nous, dans la région parisienne, d'institution de rosières remontant à une époque plus ancienne, et — ce qui est plus digne de remarque — il n'en est pas qui ait mieux traversé toutes les révolutions, tous les changements de régime, si bien que, sauf quelques interruptions passagères et quelques modifications de détail dont on lira plus loin le récit, les prescriptions de la fondation sont observées aujourd'hui comme au premier jour.
On sait fort peu de choses sur dom Antoine Belloy de Francières, le généreux fondateur de cette œuvre charitable. Il était religieux de l'abbaye de Saint-Denis, maître administrateur de l'Hôtel-Dieu et jouissait, en outre, des revenus du prieuré de Saint-Thaurin-en-Sangterre.
Dans son Histoire de l'Abbaye de Saint-Denis, Félibien parle de lui à deux reprises : d'abord, pour enregistrer sa fondation des rosières; puis, pour constater qu'en 1652, il fit don à l'abbaye d'un fragment considérable du crâne de saint Eloi, qu'il tenait de son parent, M. Belloy de Francières, grand sénéchal de Picardie. En réalité, il n'appartient à la postérité que par le sujet qui nous occupe.
Les archives de la mairie de Saint- Denis possèdent en double original l'acte notarié du 5 mars 1648 instituant les trois rosières.
... (2e extrait)
FONDATION FLEURY
DOTATION D'UNE JEUNE FILLE.
COPIE DU TESTAMENT (MINUTE).
« Du testament de M. Louis-Pierre Fleury, en son vivant propriétaire, demeurant à Saint-Denis (Seine), rue Saint-Remy, n° 15, où il est décédé le premier janvier mil huit cent quatre vingt onze, par lui fait en la forme olographe à Saint-Denis (Seine), le vingt décembre mil huit cent quatre vingt cinq, ledit testament déposé le deux janvier mil huit quatre vingt onze au rang des minutes de M. Joseph-Jean-Baptiste-Georges Son Dumarais notaire à Saint-Denis (Seine) soussigné, en vertu d'une ordonnance rendue à cette date par M. le Président du Tribunal de première instance de la Seine, et contenue en son procès-verbal d'ouverture et de description dudit testament,
« Il a été extrait littéralement ce qui suit :
« Ceci est mon testament.
« l°Je lègue au Bureau de bienfaisance de Saint-Denis, Seine, dont j'ai été administrateur et même vice-président, huit cents francs de rente sur l'état français, trois pour cent, qui seront remis audit Bureau de bienfaisance dans le délai ci-après indiqué, après avoir été convertis en un titre nominatif avec mention des charges que je vais imposer.
« Les arrérages de cette rente seront employés, chaque année, à doter une jeune fille qui devra se marier, le deux février, en même temps que les jeunes filles qui profitent du legs fait par dom Bolioy de Francières.
« La jeune fille que je veux doter sera choisie par MM. les administrateurs du Bureau de bienfaisance ; elle devra être pauvre, née à Saint-Denis et avoir dix-huit ans au moins.
« A défaut de jeune fille native de Saint-Denis, MM. les administrateurs du Bureau de bienfaisance désigneront une jeune fille habitant cette ville depuis cinq ans au moins.
« En outre des conditions ci-dessus, la jeune fille ne pourra être désignée qu'après que MM. les administrateurs du Bureau de bienfaisance se seront livrés à une enquête très minutieuse sur la moralité et sur la probité, et que cette enquête aura été satisfaisante ; il n'y aura pas besoin de se préoccuper des parents, car il s'en trouve quelquefois qui sont peu dignes, et la jeune fille ne doit pas en supporter les conséquences.
« Je veux que la jeune fille qui sera choisie pour mon legs porte en écharpe sur sa robe blanche, le jour de son mariage, deux mètres de ruban de soie bleue, ayant au moins quatre centimètres de largeur.
« Cette condition et celle ci-après imposée concernant la couronne à apporter sur mon tombeau devront être acceptées par la jeune fille désignée. Si elle s'y refusait, MM. les administrateurs voudraient bien porter leur choix sur une autre personne.
« La jeune fille désignée profitera de mon legs de la manière suivante, savoir :
1° deux cents francs seront employés par MM. les administrateurs du Bureau de bienfaisance à payer aux fournisseurs, dans les huit jours du mariage les meubles ou objets quelconques de ménage que la jeune fille sera tenue d'acheter avant le mariage et dont elle devra remettre les factures à MM. les administrateurs, le jour même de son mariage.
2° Trois cents francs seront remis à cette jeune fille après la cérémonie religieuse du mariage par Monsieur le Maire de Saint-Denis, président du bureau de bienfaisance, en l'Hôtel de Ville.
3° Quant aux autres trois cents francs de surplus, elle les recevra le 16 août suivant mariage, mais après avoir justifié par un certificat du conservateur du cimetière de Saint-Denis qu'elle aura apporté sur ma tombe, autant que possible le jour même du 15 août, une simple couronne d'immortelles jaunes sur laquelle elle mettra l'inscription que bon lui semblera. Je m'en rapporte pour cela à sa reconnaissance.
« Les deux rentes ci-dessus léguées seront prélevées sur celles de même nature qui existeront dans ma succession, et s'il ne s'en trouve pas à mon décès, elles seront achetées avec des fonds de ma succession.
« Les rentes seront remises aux légataires après avoir été converties au nominatif avec mention des charges imposées.
« Tous les legs seront remis aux légataires francs et quittes de tous frais, droits et honoraires quelconques, dans les six mois de mon décès, sans intérêts jusque là.
« Je nomme pour mon exécuteur testamentaire M. Devinoy, ancien adjoint, que je prie d'accepter cette fonction, ou, à son défaut, M. Gaudroy, clerc de notaire, gendre de M. Vaultier, à Saint-Denis.
« Je donne à mon exécuteur testamentaire la saisine de mon mobilier pendant un an du jour de mon décès.
« En marge de ce testament, se trouvent les mentions suivantes :
« 1° Signé par nous, juge, pour M. le Président.
« Paris, le 2 janvier mil huit cent quatre vingt onze. Signé : THUREAU.
«2° Enregistré à Saint -Denis, le cinq janvier mil huit cent quatre vingt onze, folio 65, case 16 ; reçu sept francs cinquante centimes ; décimes un franc quatre vingt huit centimes.
Ensemble neuf francs trente huit centimes. Signé : VUILLEMIN. »
(Suivent d'autres dispositions testamentaires n'ayant pas trait à la fondation ci-dessus prescrite).
Voici ce qui nous permet de savoir que Charlotte SCHUH fut une de ces jeunes filles destinées à être mariées à St Denis...